© Gilles Bureau - le Quatrième mur production

Trois Ruptures de Rémi De Vos

Critiques / Théâtre

Trois Ruptures de Rémi De Vos

par Gilles Costaz

Couples en phase terminale


Première rupture : l’épouse a fait un délicieux repas pour mieux emballer l’adieu qu’elle va prononcer, mais le mari a du répondant côté culinaire au moment d’être largué par la maîtresse de maison. Deuxième rupture : le conjoint révèle à sa conjointe qu’il est fasciné par un pompier et qu’il le voit souvent, sans pour autant être sûr d’être homosexuel ; le couple prend feu ! Troisième rupture : deux parents ont un jeune enfant qui joue derrière la scène ; il ne sera pas épargné dans les sinistres tractations de géniteurs qui ne supportent pas le bambin. Rémi De Vos a la plume noire, féroce, désespérée mais souvent d’une grande puissance comique. C’est le cas de ces trois courtes pièces qui prennent plaisir à piéger le couple dans ses limites, ses contradictions et sa naturelle propension au conflit. Si, parfois, le rire de De Vos peut rester à travers la gorge chez certains spectateurs allergiques à ce type de représentation désenchantée de l’espèce humaine, il devrait jaillir franchement face à ce spectacle où la finesse de l’observation se combine à l’énormité de la farce.
Othello Vigard s’affirme là comme un metteur en scène fort doué, d’une grande rigueur, qui fuit tout gag facile, tablant sur le froid pour obtenir du chaud. Il a placé ses deux acteurs derrière une vitre, comme dans un bocal, les voix parvenant par une sonorisation bien réglée. Le décor est blanc, clair, d’une netteté à la fois élégante et clinique. Les trois explosions sont subtilement agencées. Pierre-Alain Chapuis est un très grand acteur, qu’on a vu dans bien des spectacles du subventionné et qui, là, campe avec un merveilleux sérieux imperméable trois bourgeois modernes, contradictoires, égarés dans leurs certitudes, fermés à l’humour et donc hilarants. Johanna Nizard incarne, elle, sur trois modes trois femmes à l’amour égoïste. Cette jeune actrice fait merveille avec un jeu élégant et pourtant en lame de couteau. Trois beaux moments de comédie moderne.


Trois Ruptures de Rémi De Vos, mise en scène, scénographie et son d’Othello Vilgard, lumières de Joël Hourbeigt, avec Johanna Nizard et Pierre-Alain Chapuis.


Lucernaire, 18 h 30, tél. : 01 45 44 57 34, jusqu’au 31 janvier. (Durée : 1 h).