© Gilles Bureau - le Quatrième mur production

Trois Ruptures s’organise en trois séquences distinctes d’une durée à peu près égale. Chacune des séquences présente un couple dans une situation particulière de rupture. Nous faisons ici le choix de glisser d’une séquence à l’autre avec un même couple d’acteur et de ne pas séparer les trois parties du texte en trois petites pièces autonomes. Nous jouons la pièce en continu.

Le couple

Le texte aborde trois situations qui ébranlent certains fondamentaux de nos sociétés, comme la domination masculine, la place de la femme, la question de l’homosexualité et l’avènement de la toute-puissance de l’enfant.

Un des enjeux du texte est de savoir finalement qui va quitter l’autre. Mais mettre en scène Trois Ruptures, c’est chercher aussi à découvrir ce qui les attache.

C’est aussi faire le choix de la rupture avec le texte, donner à voir l’innommable, le sans-mot, la solitude des corps. C’est chercher la rupture dans la rupture, relever les transitions qui s’étirent, appréhender les répétitions du quotidien, articuler les gestes appris par cœur (...). mais c’est enfin redécouvrir le comique implacable et souvent « border line » qui parcourt la pièce.

Un homme, une femme, un couple, trois histoires drôles et tragiques qui s’organisent suivant les principes de la rupture : rupture de la relation homme/femme, rupture de la relation parents/enfants, rupture avec l’organisation sociale


Construction Rythmique

Comme toujours chez Rémi De Vos, la construction rythmique et les didascalies sont des éléments indissociables de son écriture. Nous avons choisis de respecter à la lettre ces indications qui sont pour nous le squelette de la mise en scène.

Rémi De Vos a pris soin de titrer chaque séquence et d’en indiquer le rythme, comme pour une partition musicale : Allegro pour Sa Chienne, Moderato pour Pompier et Presto pour Un Enfant. C’est pourquoi nous jouons sur l’enchaînement des scènes et des dialogues en respectant cette rythmique. Notre dramaturgie est intimement liée au temps, au rythme et à l’espace agencé dans le texte.

Dans le solfège, le tempo est l'allure (la rapidité relative, la vitesse ou encore le mouvement) d'exécution d'une œuvre musicale. Chez Rémi De Vos, c’est la même chose, le tempo est toujours en avant de son écriture. Pour Trois Ruptures, c’est clairement indiqué.

Dans l’œuvre de Rémi De Vos et particulièrement ici, le fond et la forme procèdent toujours de la même intention. Ce n’est en aucune manière une posture littéraire mais plutôt une nécessité qui surgit de son rapport à l’écriture, un geste unique regroupant des énergies multiples.

Ainsi, les situations se succèdent, se suspendent, s’accélèrent et se ralentissent, et l’on passe très rapidement d’un dialogue à l’autre. On est tenu en haleine par l’intrigue et ses rebondissements jusqu’au dénouement final de chaque séquence.

Le texte est également parsemé d’indications de pauses entre les dialogues : «Temps / Il la regarde / Elle le regarde / etc... »

Notre travail consiste donc à trouver la justesse et la résonance de ces points d’orgue, de ces silences et de ces pauses en élaborant de très précis temps dramaturgiques. Le rythme mis ainsi en rapport est exactement ce qui détermine la durée des dialogues et des silences.



Scénographie

Dans les didascalies, l’espace n’est pour ainsi dire pas ou peu décrit : une table, un chaise, une porte, une pièce à côté...

Le décor que nous avons imaginé suggère un intérieur d’appartement très simple et totalement épuré.

Des murs blancs encadrent un espace quasiment vide, avec pour tout mobilier une table et deux chaises en formica marron et chrome (pour la première rupture), un fauteuil de dentiste imposant en cuir marron et chrome (présent durant les deux premières ruptures) et deux chauffeuses (présentes à la dernière rupture). Enfin cet espace est fermé par une grande baie vitrée à quatre pans qui isole totalement les acteurs des spectateurs.

Il s’agit, en salle de conserver cette ambiance intimiste et l’impression pour le public d’entrer lui même dans un rôle de voyeur. Cet espace clos fermé par ces quatre vitres, place de fait le spectateur à distance de la scène qui se déroule sous ses yeux, les acteurs étant amplifiés par des micros HF. Ces choix scénographiques ne sont évidemment pas anodin à une époque où il est tellement question d’images dérobées et de conversations privées étalées chez la plupart des médias.


Photo Othello Vilgard