© Gilles Bureau - le Quatrième mur production

Comédie dramatique de Rémi De Vos

mise en scène de Othello Vilgard

avec Johanna Nizard et Pierre-Alain Chapuis.


Dans "Trois ruptures", un de ses derniers opus en date, le dramaturge Rémi De Vos explore à nouveau la thématique du couple comme creuset tragique par excellence, tout en expérimentant différents angles de vue.


En l'espèce, le dysfonctionnement du couple n'est plus abordé comme une danse de mort dans le huis clos du pandémonium conjugal, à l'instar de "Occident", mais sur un mode triangulaire inspiré du fameux trio amoureux, délice du vaudeville, qui, traité sur le mode burlesque, s'avère délétère.


En effet, tel un biologiste inoculant un virus dans une cellule pour tester

sa capacité de résistance, Rémi De Vos injecte dans un couple un élément exogène qui, à défaut d'être phagocyté, va conduire à l'implosion violente.

Expérimenté dans "Projection privée" sous forme d'une objet, la télévision, il est, en l'occurrence, constitué par un être vivant ("Sa chienne", "Pompier" , "Un enfant") érigé en "arlésienne", un troisième personnage qui intervient comme catalyseur involontaire des frustrations et rancoeurs réciproques, exerce de facto une emprise tyrannique et engendre une reddition de compte se soldant par une rupture violente.


Egalement iconoclaste, Rémi De Vos utilise une mécanique dramaturgique sensible, dont ce personnage est le rouage essentiel, pour dynamiter les travers et dérives sociétales (l'adulation des animaux de compagnie, la posture de la bisexualité, la sacralisation de l'enfant).


En forme de variations, de la comédie loufoque à la tragédie en passant par la tragi-comédie, "Trois ruptures" se compose de pièces courtes en deux actes symétriques articulées sur un retournement de situation correspondant à une inversion du rapport de forces et entraînant un dénouement inattendu.

Dépourvue d'effets de style, presque minimaliste, et inspirée de l'oralité familière, l'écriture de Rémi De Vos fonctionne avec la jubilatoire efficacité textuelle teintée d'humour noir des grands auteurs anglo-saxons tel, notamment, Alan Bennett. Ce qui nécessite une belle qualité de jeu, condition satisfaite en l'espèce, avec les comédiens émérites Johanna Nizard et Pierre-Alain Chapuis.


Othello Vilgard a opté pour une scénographie "algeco", un espace clos en forme de white cube vitré, qui tient de l'aquarium et de la boite d'entomologiste, induisant une distanciation scénique qui va de pair avec le registre non naturaliste de sa mise en scène qui sublime l'absurde du quotidien.


La direction d'acteur est rigoureuse et l'interprétation sans faille. C'est un régal d'entendre Johanna Nizard et Pierre-Alain Chapuis, funambules du verbe, jouer et déjouer le texte en s'emparant avec maestria de ces specimens d'humanité saisis par la folie.


Froggy’s delight